Le tour de la question

Méthanisation : comment sélectionner et optimiser les Cive

Produites entre deux cultures alimentaires, les Cive offrent un certain nombre d’avantages pour les projets de méthanisation, mais elles doivent être sélectionnées avec soin. Pour cela, les agriculteurs peuvent être guidés par des spécialistes tels qu’Arvalis-Institut du végétal, mais les axes de recherche restent nombreux.

PAR ARNAUD WYART - JUIN 2020
Les Cive sont synonymes d’approvisionnement local. Elles affichent un pouvoir méthanogène plus important que les effluents d’élevage. ©Arvalis

Les Cive (cultures intermédiaires à vocation énergétique) suscitent un intérêt croissant chez les agriculteurs. Permettant de diversifier leurs rotations (insérer une cive d’été dans une rotation de cultures d’hiver par exemple), elles sont également synonymes d’approvisionnement local et elles affichent un pouvoir méthanogène plus important que les effluents d’élevage. Autre intérêt : les Cive permettent de maximiser les fonctions de l’interculture, une période normalement consacrée à gérer des problématiques telles que le travail du sol, le traitement des maladies, le désherbage, etc. « Le choix de ces Cive passe par l’identification d’espèces et de variétés adaptées à ce cycle pour maximiser les services de l’interculture. Si on a par exemple une culture qui s’implante vite et couvre le sol rapidement, on va concurrencer plus facilement les mauvaises herbes. En outre, la Cive joue aussi le rôle de piège à nitrate et de pompe à carbone afin de produire une énergie renouvelable », précise Sylvain Marsac, responsable du pôle bioressources – agroéquipements et services environnementaux au sein d’Arvalis-Institut du végétal.

Maximiser la quantité de biomasse produite et adapter les cycles de culture

En termes de semences, la quantité de biomasse produite est l’un des critères de choix essentiels (à titre d’exemple, les céréales d’hiver comme le triticale ou le seigle sont les Cive d’hiver les plus performantes). Certains semenciers travaillent également sur leur pouvoir méthanogène, mais selon les recherches menées par Arvalis-Institut du végétal, il n’existe aujourd’hui quasiment pas de différence entre les espèces et variétés. Pour Sylvain Marsac, les efforts doivent surtout être portés sur l’adaptation des cycles de cultures. « Aujourd’hui, les cultures sont sélectionnées pour un cycle conventionnel, souvent long, afin d’optimiser le rendement. Si un agriculteur souhaite produire trois cultures en deux ans, il doit raccourcir le cycle de chacune d’entre elles. » Toutefois, un travail de sélection est certainement possible pour adapter ces cultures à des cycles contraints. « Aujourd’hui, un agriculteur doit correctement choisir une Cive pour sa capacité à produire de la biomasse, mais l’adaptation aux successions et au changement climatique est le premier facteur de réussite. »

Gérer les risques de l’interculture

Pour choisir une Cive, un autre critère rentre en jeu : la date d’implantation. Cette dernière dépend des compromis que souhaite faire l’agriculteur. « Pour atteindre un maximum de production le plus tôt possible avec les Cive d’hiver, il faut implanter entre fin août et début octobre suivant les régions. Pour cela, il faut bien choisir la succession, en sachant que plus on sème tôt et plus on risque de faire face à des bioagresseurs. » Parmi les espèces précoces, très demandées, on peut citer le mélange de seigle et de vesce proposé par des semenciers tels que Caussade Semences ou RAGT. Les Cive d’été sont plus complexes. Soumises à la problématique de l’eau, elles souffrent également d’un coût élevé. « Il est possible de produire pendant les trois mois d’été, mais cela représente un risque sur les sols superficiels avec une faible pluviométrie ou en irrigation contrainte. Certaines cultures d’été ont un coût d’implantation élevé au regard des risques de faible production. C’est la raison pour laquelle, nous étudions des espèces ou associations moins coûteuses, peut-être certaines céréales de printemps ». Pour les agriculteurs, il est donc impératif de se poser les bonnes questions en amont, mais également de fixer un ratio coût/opportunités.