Retour d'expérience

Méthanisation : Ouvrir ses portes, c’est ouvrir le dialogue

Organiser les portes ouvertes de son unité de méthanisation permet aux élus et aux riverains de s’approprier le projet et de l’accepter. Exemple chez Boris Gondouin et Gérald Rouvroy à Stenay, dans la Meuse.

PAR AUDE FABRE - OCTOBRE 2019
Boris Gondouin et Gérald Rouvroy à Stenay, dans la Meuse © Aude Fabre

Au Gaec du Transfo, à Stenay dans la Meuse, en ce samedi ensoleillé du 31 août 2019, il y a foule. Et pour cause : les agriculteurs, Boris Gondouin et Gérald Rouvroy, ont organisé des journées portes ouvertes pour inaugurer leur nouvelle unité de méthanisation. Mise en marche depuis le 6 mai 2019, l’usine injecte 85 Nm³/heure de biométhane dans la réseau de GRDF, de quoi alimenter 640 foyers. «.Nous ne pensions pas recevoir autant de monde, environ 800 personnes sur la journée. C’est une bonne surprise, estiment les agriculteurs. Cela nous permet de communiquer directement avec les élus, voisins, riverains, et de répondre à leurs interrogations notamment en terme de bruit et d’odeur. En cas de souci plus tard, le dialogue pourra s’ouvrir plus facilement. »

Le choix de l’injection
Aux visiteurs, Boris Gondouin et Gérald Rouvroy expliquent la genèse de leur projet. « Après plusieurs visites d’exploitations, nous avons demandé une première étude de notre projet à Méthalac, société qui accompagne les porteurs de projet et qui avait organisé une journée de formation sur notre commune. » GRDF ayant tout d’abord refusé l’injection dans son réseau, l’étude en 2016 porte sur la cogénération mais il en ressortait beaucoup trop de chaleur à valoriser. « Dans la foulée de cette étude, GRDF a finalement accepté l’injection, plus rentable pour nous et encore plus respectueuse de l’environnement, puis une étude de faisabilité a été lancée en 2017. Nous avons dû créer 660 mètres de réseau pour se connecter à celui de GRDF », précisent les agriculteurs qui comptent dix-huit mois de travaux avec beaucoup d’autoconstruction, et un coût de 2,8 millions d’euros, dont près de 400 000 € d’aides issues des fonds européens et de l’Ademe. « Nous espérons un retour sur investissement après huit à dix années de fonctionnement », estiment-ils.

Digestat valorisé sur 170 ha
Concrètement, 6 000 tonnes d’effluents par an (4 000 de lisier et 2 000 de fumier), et 3 000 tonnes de cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE), dont 800 de maïs produites sur l’exploitation, alimentent le digesteur. « Le lisier, qui est liquide, va directement dans la pré-fosse depuis la stabulation, précise Boris Gondouin. L’alimentation solide passe, elle, via le bol d’incorporation. » Après le bol, la ration passe par le broyeur – ce qui permet d’écarter les indésirables –, puis dans le premier digesteur, où se déroule la fermentation. Le gaz produit est transféré vers le post-digesteur puis dans un système d’épuration (pour notamment séparer le CO₂ du méthane) avant d’être injecté dans le réseau GRDF. « Nous valorisons le digestat en l’épandant sur 170 ha autour de l’exploitation, en remplacement des engrais chimiques. Le plan d’épandage est complété par environ 200 ha chez nos voisins », précisent-ils.
Pour le pilotage, la surveillance, l’alimentation de l’unité et la valorisation du digestat, un emploi à temps plein a été créé sur l’exploitation. Par ailleurs, les émissions de gaz à effet de serre ont été réduites (1 577 tonnes de CO₂/an en moins). Deux arguments qui séduisent également les visiteurs, repartis conquis par cette unité de méthanisation.

Chiffres clés de l’exploitation :

  • 215 ha autour du siège de l’exploitation, dont 170 épandables pour valoriser le digestat 
  • 100 vaches laitières pour un quota de 700 000 l/an et 100 000 l/an autoconsommés

  • 170 taurillons
  • Mise en marche d’une unité de méthanisation en 2019
  • Deux associés et un salarié