Entretien

Miscanthus et sorgho : Biomass for Future

Pour Herman Hofte, directeur de recherche à l’Inrae et coordinateur du programme, Biomass for the future (BFF) fédère les acteurs de la recherche « pour le développement des deux filières, miscanthus et sorgho, afin de produire de la biomasse lignocellulosique. BFF apporte ainsi sa contribution à l’objectif “zéro émission de CO2 en 2050”, en relevant les défis de la transition énergétique ».

PAR AUDE FABRE - DéCEMBRE 2020
Herman Hofte est directeur de recherche à l’Inrae et coordinateur du programme Biomass for the Future. ©Inrae

En quoi consiste le programme d’investissements d’avenir Biomass for the Future (BFF) ?

Biomass for the Future accompagne le développement de la production de biomasse du miscanthus et du sorgho pour produire de l’énergie (combustion et méthanisation) et des matériaux biosourcés (construction et composites). Pour ce faire, BFF a accéléré la création de nouvelles variétés adaptées à ces débouchés. Les caractères privilégiés dans cette approche génétique sont liés au rendement, au développement de systèmes de culture durables, à une empreinte écologique réduite et à l’adéquation entre la biomasse produite et les processus industriels qui la valorisent.

Concernant la méthanisation, quels sont les atouts de ces cultures ?

Le potentiel méthanogène (BMP) de huit génotypes de miscanthus et de 190 échantillons de sorgho – différents selon leurs génotypes, leurs techniques culturales ou leur stockage –, a été mesurée. En parallèle, des prétraitements alcalins du miscanthus et du sorgho nécessitant peu d’intrants (température ambiante, sans agitation, faible teneur en eau) ont été développés afin d’augmenter la production de méthane, et appliqués à la codigestion en voie sèche avec du fumier de bovin. Nous avons également développé une méthode permettant de prédire le BMP de la biomasse à partir de spectres dans l’infrarouge proche, sans être obligé de passer par des tests longs et coûteux.
Au final, la méthanisation du miscanthus récolté en sec, ou celle du sorgho, améliorée par un prétraitement alcalin avec de la chaux (jusqu’à 20 % de production de biogaz supplémentaire), présente un bilan environnemental favorable. En revanche, le meilleur potentiel méthanogène du sorgho le privilégie par rapport au miscanthus pour ce débouché.

Quelles autres valorisations de la biomasse ont été développées ?

Le miscanthus s’avère intéressant pour préparer un béton végétal qui permettra de fabriquer des blocs non porteurs. Miscanthus et sorgho entrent également dans la composition de composites biopolymères, avec par exemple un taux d’incorporation de 30.% de miscanthus. Un composite pour l’industrie automobile a déjà été validé par PSA Peugeot Citroën et il est prêt à être commercialisé.

Quelles sont les conséquences pour ces filières ?

Depuis cinq ans, les surfaces de sorgho et de miscanthus sont en hausse en France et cette tendance devrait s’accroître pour répondre aux demandes de biomasse pour ces nouveaux usages. Les surfaces de miscanthus sont passées de 4 000 ha à plus de 7 000 en France au cours des cinq dernières années, et celles de sorgho, à 115 000 ha, ont bondi de 35.% entre 2019 et 2020. Par ailleurs, les avancées dans le développement de nouvelles variétés sécurisent la production et l’utilisation de la biomasse.

27 millions d’euros

Le projet a duré huit ans (de 2012 à 2020) et a réuni 26 partenaires dont 9 publics, 15 privés et 2 collectivités territoriales. Un budget de 27 millions d’euros a été consacré à ces recherches, dont 10 M€ d’aides publiques.