Le tour de la question

Nouveau référentiel Carbon Agri : valoriser financièrement la réduction des émissions de CO2

Validé par le ministère de la Transition écologique et solidaire en octobre 2019, le référentiel Carbon Agri offre la possibilité aux agriculteurs de calculer la réduction de leur empreinte carbone. Ceux-ci pourront ensuite être rémunérés via la vente de crédits carbone à des collectivités, des entreprises ou des organisations.

PAR ARNAUD WYART - AVRIL 2020
Pour une ferme de vaches laitières produisant 500 000 litres par an, une réduction des émissions de carbone de 10 % correspond à une économie annuelle de 50 tonnes © CNIEL-Guillaume Blanchon

Créé par l’Institut de l’élevage (Idele) et l’I4CE (Institute for Climate Economics), le référentiel Carbon Agri, conforme au label Bas Carbone, est reconnu par l’ensemble de la filière et les éleveurs peuvent d’ores et déjà se l’approprier.

Concrètement, ils doivent commencer par effectuer un premier bilan de leur exploitation à l’aide de CAP’2ER, un outil de diagnostic environnemental. « Une comptabilité analytique par poste va permettre aux agriculteurs d’évaluer la situation de base. Ensuite, ceux-ci vont mettre en place un plan carbone, c’est-à-dire des leviers de réduction d’émissions de CO2 et d’augmentation du stockage dans les sols, notamment dans les prairies et avec un objectif de résultats. Pendant cette période, ils seront accompagnés par l’organisme de leur choix, en lien avec les leviers mis en place. Cinq ans plus tard, un second bilan sera réalisé pour mesurer la quantité de carbone évitée et celle stockée. Le cumul de ces chiffres correspond aux crédits carbone que les agriculteurs pourront valoriser avec l’acheteur sélectionné au début du programme », explique Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL).

Un référentiel avantageux économiquement

De son côté, l’association France carbone agri gère l’ensemble des interfaces, à commencer par les appels à projets lancés auprès des producteurs souhaitant diminuer leur impact carbone. « Par exemple, un groupe de cinq agriculteurs va pouvoir répondre à l’appel à projets en mettant à disposition 1 000 tonnes de CO2. Parallèlement, l’association dispose de clients qui souhaitent acheter de plus grandes quantités, disons 10 000 tonnes. Un cumul, avec d’autres groupes, sera donc réalisé pour atteindre la capacité nécessaire. » À ce titre, l’association France carbone agri est également en lien avec le ministère qui valide les crédits carbone et la méthodologie employée. Les éleveurs, eux, perçoivent le crédit contractualisé avec l’acheteur et réduit du travail d’interface.

Et la rémunération est substantielle. En termes de crédits carbone, le montant peut s’élever à 5 000 euros sur cinq ans. En outre, les différents leviers déployés permettent de réaliser des économies sur la gestion technico-économique. « À titre d’exemple, nous avons réalisé une simulation dans un système classique d’élevage en plaines. Le coût de production peut ainsi diminuer de 8 à 15 euros. » Des avantages qui expliquent le succès du référentiel. « Dans le cadre du 1er appel à projets lancé en novembre dernier, nous avons reçu 391 réponses, avec en face plusieurs clients tels que la Caisse des dépôts et consignations. » Le deuxième appel à projets est quant à lui reporté en septembre prochain.

Sur les 57 000 éleveurs que compte l’interprofession, 12 000 ont déjà réalisé le premier diagnostic. Les acteurs de la filière espèrent maintenant atteindre rapidement les 50 %.

Quelle économie ?

Pour une ferme de vaches laitières classique (environ 500 000 litres de lait produits par an), une réduction des émissions de carbone de 10 % correspond à une économie annuelle de 50 tonnes. Avec ce nouveau référentiel, la filière compte bien atteindre son objectif, soit une réduction de 20 % de ses émissions à l’horizon 2025. De son côté, la tonne de carbone affichait une valeur de 45 € sur le marché européen en 2019.