Photovoltaïque : « Il faut booster le nombre d’installations »

Rentabilité, activité compatible avec le métier d’agriculteur, pour Pascal Chaussec, agriculteur et président de l’Apepha, le photovoltaïque a tout pour plaire.

PAR AUDE FABRE  - SEPTEMBRE 2019
Pascal Chaussec ©Apepha

Comment est née votre association ?
Installé en production laitière à Edern dans le Finistère, je souhaitais, il y a dix ans, diversifier mon revenu pour le sécuriser. Je me suis intéressé au photovoltaïque. Avec d’autres agriculteurs, et épaulés par les chambres d’agriculture, nous avons créé des groupes de travail pour étudier la rentabilité et s’assurer que cette diversification était compatible avec une activité d’élevage chronophage. Plusieurs d’entre nous se sont lancés dans l’aventure, mais nous avons fait face à un manque de références sur le matériel et à des flous administratifs et juridiques. En 2010, nous avons décidé de centraliser les informations techniques, administratives, juridiques et fiscales au sein de l’Association des agriculteurs producteurs d’électricité associés (Apepha), qui compte 400 adhérents, et j’en ai pris la présidence. Sur mon exploitation, j’ai installé une centrale de 36 kW en 2009, puis une seconde de 99 kW en 2011.

Quelle est la dynamique des installations photovoltaïques en agriculture ?
En 2019, environ 11 000 exploitations agricoles ont une centrale solaire et la dynamique reste trop faible. La puissance installée au 1er semestre 2019 a baissé de 19 % par rapport au 1er semestre 2018, et 70 % de cette puissance continue à se concentrer sur les quatre régions du sud du pays : l’Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Nouvelle-Aquitaine et Auvergne Rhône-Alpes. À la fin du mois de juin 2019, nous produisions 9,3 GW, soit seulement 2 % de la production nationale d’électricité. La production augmente peu alors qu’il existe un potentiel énorme car le coût des panneaux photovoltaïques diminue. Il a été divisé par 7 en dix ans ! Ce qui freine le développement du nombre d’installations, ce sont les à priori des agriculteurs sur la rentabilité de cette activité.

Comment favoriser le nombre d’installations ?
Je rappelle que cette activité est adaptée à l’activité agricole pour trois raisons :
⁃ La présence de toitures. Ce serait d’ailleurs une faute professionnelle que de ne pas se poser la question du photovoltaïque lors de la construction d’un bâtiment neuf ! Sur de l’ancien, il faut compter environ 30 €/m² d’investissement pour adapter la charpente.
⁃ Rien à faire ou presque : l’installation est surveillée automatiquement, et l’exploitant peut déléguer la facturation.
⁃ Un revenu récurrent et indexé, pendant vingt ans, ce qui est rare en agriculture.
Pour sécuriser les agriculteurs dans leur démarche, nous avons mis en place des achats groupés qui permettent de sélectionner des installateurs de qualité, à un prix compétitif. Le premier achat de ce type a dépassé les objectifs prévus, nous sommes au début du deuxième. Les agriculteurs peuvent toujours l’intégrer, sous conditions. Par ailleurs, nous demandons à l’État de prendre en charge 70 % du coût de raccordement des installations photovoltaïques en vente totale, au lieu de 40 % aujourd’hui, car nous participons à améliorer le réseau pour l’intérêt général. Pour les contrats en autoconsommation avec vente de surplus, nous souhaitons le même tarif d’achat qu’en vente totale pour les installations jusqu’à 100 kW.

Le chiffre

En France, une installation de 99 kW sur bâtiment neuf offre un revenu brut moyen, lissé sur vingt ans, de 3 500 €/an. Il varie de 2.000 €/an dans le nord à 5.250.€/an dans le sud de la France, selon l’Apepha qui demande une régionalisation des tarifs pour rééquilibrer ces distorsions.