Décryptage

Projets de méthanisation : les vertus du dialogue territorial

Face aux inquiétudes et aux blocages constatés en région Hauts-de-France, le Cerdd préconise le dialogue territorial, une méthodologie basée sur l’écoute et la confiance.

PAR ARNAUD WYART - AVRIL 2020
Le guide édité par le Cerdd rassemble des conseils, des retours d’expérience et les témoignages des agriculteurs accompagnés.

Si la méthanisation est devenue un enjeu majeur en milieu agricole, la filière peine encore à faire émerger de nouveaux projets, notamment en Hauts-de-France. Il est vrai que dans cette région, les levées de boucliers sont nombreuses. Celles-ci concernent les nuisances (odeurs, bruit, trafic routier…) ou les risques (explosion, dévalorisation du foncier…). Et la tendance est profonde. « D’une manière générale, nous avons constaté un réel déficit de méthode. Les habitants ne supportent plus de ne pas être consultés en amont. En conséquence, ils s’inquiètent assez naturellement dès qu’un projet est lancé. Cela crée une confrontation qui ralentit la transition énergétique », explique Emmanuel Bertin, directeur du Cerdd (Centre ressource du développement durable).

Concertation et médiation

Pour tenter de résoudre ce problème, le Cerdd a donc décidé de se pencher sur la question du dialogue territorial il y a quatre ans. Après un long travail de recherche, des expérimentations ont été menées auprès d’agriculteurs afin de tester une solution mixant des méthodes de concertation et des méthodes de médiation. « Pour mettre en œuvre un projet de méthaniseur, il y a aujourd’hui trois scénarios possibles. On peut le monter en catimini et l’imposer. Il est également possible de le faire en essayant de convaincre, mais le mieux est d’instaurer un dialogue territorial. Dans ce cas, le projet est transparent dès le démarrage et un échange de qualité s’installe entre tous les acteurs (collectivité, porteur du projet, associations, habitants, entreprises…). En outre, une méthodologie fine est employée afin que le projet se crée et se développe sans heurt. » 

Il s’agit de mobiliser et de sensibiliser les élus (aussi bien sur la méthanisation que sur la notion de dialogue territorial), mais également de déconstruire les idées reçues, tout en se plaçant dans une écoute active auprès des habitants. « L’objectif est de comprendre les questionnements et de prendre le temps d’y réfléchir. C’est tout un processus, mais celui-ci permet de rassurer. Souvent, les conflits éclatent simplement par manque d’écoute. »

Des outils pratiques et une série de recommandations

Les expérimentations du Cerdd ont permis de tirer un certain nombre d’enseignements, mis en ligne sous la forme de recommandations. Celles-ci rappellent notamment le rôle essentiel des collectivités pour promouvoir le dialogue territorial dans les projets de méthanisation. Plutôt que d’intervenir afin de régler les conflits, une fois les projets bien avancés, les élus peuvent en effet se saisir des dossiers en amont et ainsi se les réapproprier localement via des actions bien précises (engager une discussion avec les agriculteurs, renforcer les liens avec les structures d’accompagnement, placer le projet dans la stratégie du territoire, créer des lieux de dialogue…). À ce titre, le Cerdd propose également un kit d’outils à destination des collectivités : des vidéos, des guides, des retours d’expérience et une charte du dialogue autour des projets de méthanisation.

En outre, la structure a formé une quinzaine de bureaux d’études afin de répondre à la demande en toute neutralité. Cela permet aux élus de confier le dialogue territorial à un professionnel lorsqu’ils ne disposent pas des ressources en interne. Problème : si la méthode est vertueuse, elle n’est malheureusement pas aisée à tenir dans le temps. « En France, nous sommes habitués à la confrontation. Si les élus et le porteur du projet ne se donnent pas des moyens d’être accompagnés dans leurs démarches et dans la durée, les citoyens risquent de faire rapidement des raccourcis et de prendre ce dialogue pour de la communication. À l’inverse, si un dialogue de qualité se met en place et perdure, une confiance s’installe et à terme, le projet peut en bénéficier via des partenariats (par exemple un financement participatif). » Un processus qui nécessite donc un profond changement culturel, surtout pour le milieu agricole qui n’a pas l’habitude de dévoiler ses projets. Selon Emmanuel Bertin, on pourrait pourtant utiliser le dialogue territorial partout en France et dans d’autres domaines sujets aux blocages, à commencer par l’éolien et le photovoltaïque.

Cerdd
Le Cerdd (Centre ressource du développement durable) fournit depuis 2011 des solutions aux acteurs de la région Hauts-de-France et elle les accompagne pour contribuer à la transition économique, sociale et écologique des territoires.