Retour d'expérience

Quand la méthanisation bénéficie à tout le territoire

Méthanisation des déchets agricoles, utilisation de la chaleur fatale d’une industrie agro-alimentaire pour l’hygiénisation et valorisation du carbone rejeté : voilà la triple ambition de la SAS Agrigaz Vire, en Normandie.

PAR AUDE FABRE - MARS 2021
L’unité de méthanisation mise en service en 2020 va également valoriser l’énergie fatale d’une industrie locale. ©Agrigaz Vire

Depuis sa création en 2014, la SAS Agrigaz Vire n’a cessé d’évoluer et d’avoir de nouveaux projets. L’idée : développer un projet de méthanisation collective à l’échelle du Virois (Calvados) afin notamment de trouver une nouvelle valeur ajoutée pour les déchets et sous-produits, et de réduire le recours aux engrais chimiques. La ressource est majoritairement agricole (fumiers, lisiers) grâce aux 70 agriculteurs répartis sur 38 exploitations sur un rayon de 15 km autour de Vire-Normandie. « L’ambition était de mettre en place un projet à l’échelle du territoire afin que la valeur ajoutée générée par l’unité de méthanisation profite à l’économie locale, raconte Antoine Herman, responsable du site Agrigaz Vire. Des partenariats actifs ont ainsi été noués avec la communauté de communes, des industries agro-alimentaires, le lycée agricole, des entreprises d’entretien d’espaces verts et de traitement de déchets. »

Eau chaude à 50 °C

Après le montage du dossier ICPE (installations classées protection de l’environnement), les étapes administratives (auprès des banques et partenaires financiers) et deux ans de travaux, l’injection de biométhane dans le réseau de gaz GRDF a débuté en septembre 2020. Onze millions d’euros ont été investis ; 64 000 tonnes de gisement sont nécessaires pour produire 23 000 MWh/an, « ce qui représente 20 % des besoins en gaz naturel de Vire-Normandie », relève Antoine Herman. Une économie annuelle de 5 200 tonnes de CO₂ est également estimée. « Outre l’injection de gaz, l’innovation consiste à optimiser le rendement énergétique par l’utilisation d’énergie fatale en provenance de La Normandise, entreprise de fabrication d’aliments pour chiens et chats, explique Antoine Herman. En récupérant 22 m³/h d’eau chaude à 50 °C, nous faisons des économies pour chauffer l’eau à 85 °C, nécessaire à l’hygiénisation de nos matières. Ce réseau permet à la fois de fournir une partie des besoins en chaleur de l’unité de méthanisation, mais également de chauffer les entrepôts de La Normandise par un système de pompe à chaleur. Cette complémentarité sur un territoire est remarquable ! »

Des débouchés possibles pour le CO₂

Mais les projets de la SAS Agrigaz Vire ne s’arrêtent pas là. Au-delà de la production de biométhane, l’objectif est de capter et de valoriser, sur le marché, le carbone qui se trouve libéré dans l’atmosphère à l’issue de la purification du biogaz en biométhane. « Avec une unité de purification membranaire, les rejets de gaz sont principalement composés de CO₂ et nous ne sommes pas loin de la norme E290, qui peut être atteinte grâce à un équipement complémentaire », souligne Antoine Herman. Les agriculteurs ont déjà étudié les débouchés qui commencent à apparaître pour ce CO₂ : serristes pour favoriser la photosynthèse, industries agro-alimentaires pour les boissons gazeuses, usages industriels (neige carbonique, fluide frigorigène) et utilisations en énergie (power-to-gas*). « Cette évolution donnera un caractère encore plus vertueux sur le plan de l’environnement à l’unité de production Agrigaz Vire », se réjouit Antoine Herman.

* La synthèse de CO₂ et d’hydrogène, issu de l’électrolyse de l’eau, permet de produire du méthane de synthèse (CH4), pouvant être injecté dans le réseau de gaz.