Entretien

Quand les modules flottent sur un bassin d’irrigation

La Compagnie nationale du Rhône a mis en service sa première centrale photovoltaïque flottante sur un bassin d’irrigation en 2019 à Mornant. Héléna Wagret, cheffe de projet, nous en dit plus.

PAR AUDE FABRE - FéVRIER 2021
Héléna Wagret, cheffe de projet CNR, a suivi la construction de la première centrale photovoltaïque flottante sur le lac de la Madone, un bassin d’irrigation agricole à Mornant (Rhône). À côté d’elle, une des 16 cages remplies de coquilles d’huîtres servant de nurserie, qui ont été placées sous les flotteurs de la centrale solaire. ©CNR

Comment est né ce projet ?

En février 2017, le Syndicat mixte d’hydraulique agricole du Rhône (SMHAR) et la Compagnie nationale du Rhône (CNR) se sont rapprochés pour, tout en valorisant le foncier, optimiser les coûts énergétiques du réseau d’irrigation de Millery-Mornant, propriété du SMHAR. Nous avons profité de la vidange et du curage du lac l’hiver 2018-2019 pour creuser les tranchées électriques et installer les ancres avant la remontée de l’eau et la mise en place de 630 panneaux photovoltaïques sur une surface de 1 260 m² (2.500 m² d’emprise au total avec les flotteurs et les passages). La puissance est de 230 kWc. Pour limiter la prise au vent, les panneaux ont une inclinaison très faible, de 11 degrés. Des câbles acheminent l’électricité produite vers des onduleurs installés sur terre, en bordure de bassin, puis vers les transformateurs des pompes d’irrigation afin de permettre à terme l’autoconsommation. Le projet a coûté 480 000 euros.

Quels sont les avantages et inconvénients de cette installation ?

Aujourd’hui, les grands terrains plats se font de plus en plus rares. Le solaire flottant permet d’accéder à de nouvelles surfaces afin d’atteindre les objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) visant 40 % d’électricité d’origine renouvelable en 2023. Le solaire flottant permet de limiter l’évaporation de l’eau et devrait améliorer la production des panneaux, par rapport à une installation sur bâtiments ou au sol, grâce à la proximité de l’eau qui refroidit les cellules photovoltaïques. Pour le confirmer, nous allons mener un suivi technique pour quantifier les différences de productivité entre un site sur l’eau et sur terre. Le salissement du plan d’eau par les algues devrait aussi être limité. Des bénéfices piscicoles sont également attendus grâce aux 16 frayères et nurseries situées sous la plateforme. Jusque-là, la population aquatique peinait à se développer à cause de la variation du niveau qui empêchait à la végétation de pousser sur les berges qui étaient successivement immergées et submergées. Pourtant, cette végétation est nécessaire au bon développement des poissons pour se nourrir, se cacher et se reproduire. Un suivi de la vie aquatique est réalisé par l’Isara (Institut supérieur d’agriculture de Rhône-Alpes) et Ecocean (société qui restaure le milieu marin, basée à Montpellier). En 2020, un suivi de l’activité des chauves-souris et de l’avifaune autour du parc photovoltaïque est également lancé. Le lac est également un lieu de promenade pour les habitants, nous avons donc installé un sentier pédagogique autour du plan d’eau pour expliquer le projet et fédérer l’acceptation des riverains.

Quels sont les bénéfices pour les irrigants ?

La CNR paye un loyer au SMHAR, ce qui permet au gestionnaire de financer l’entretien du réseau d’irrigation et le remplacement d’outils vétustes. Dans un premier temps, la centrale doit d’abord être rentabilisée, mais à la fin du contrat actuel d’obligation d’achat en 2039, l’autoconsommation de l’électricité par les pompes d’irrigation permettra aux agriculteurs de réaliser des économies. En effet, vu la topographie locale, le coût de l’électricité qui permet d’acheminer l’eau aux champs, qui sont situés en hauteur, représente près des trois quarts du coût total de la facture d’eau.