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Quel potentiel pour le bioGNV à la ferme ?

L’Ademe et l’AAMF ont réalisé une étude sur le potentiel de développement des stations de bioGNV à la ferme. Un véritable outil d’aide à la décision à destination des agriculteurs déjà méthaniseurs ou qui ont un projet d’unité. Des aides financières seront disponibles dès 2023.

PAR AUDE FABRE - MARS 2023
Chez Philippe Collin, agriculteur en Haute-Marne, le bioGNC est produit et distribué sur place via une station de distribution directement raccordée au méthaniseur. ©Philippe Collin

L’étude BIOGNV agricole et territorial de l’Ademe et de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF) est parue en septembre 2022. Elle a été réalisée avant la crise énergétique liée à la guerre Russie-Ukraine sur la base de coûts des énergies fossiles en mai 2021. « À travers cette étude, le comité de suivi, composé de membres de l’Ademe et de l’AAMF, souhaitait identifier le potentiel de développement du bioGNV aux échelles agricole et territoriale », précise Nicolas Tonnet, expert en énergie, biomasse et innovation au sein de l’Ademe.

Peu de stations GNV sur les sites de méthanisation

En effet, la filière bioGNV vise un développement de 330 à 840 stations publiques de distribution en 2028. Pour autant, « le développement simultané de stations GNV sur site de méthanisation (non raccordé au réseau de distribution) est très faible (deux en France) à côté du développement de stations GNV à proximité plus ou moins grande de points d’injection de biométhane, souligne l’étude (lire encadré). Elles ont donc une carte à jouer. »

Le rapport décrit ainsi les enjeux techniques et économiques d’un projet de station de bioGNV selon la situation de son unité de méthanisation. Évaluer les futures consommations de véhicules pouvant s’avitailler sur une station est également primordial. Un arbre de décision guide la réflexion à mener pour identifier ces véhicules potentiels. Enfin, « cinq matrices de décision ont été élaborées pour récapituler les différentes options et investissements potentiels qui se présentent aux agriculteurs souhaitant associer une station bioGNV à une unité de méthanisation en injection ou en cogénération, en projet ou existante avec un contrat d’achat en cours ou arrivant en fin de contrat », explique Nicolas Tonnet.

Aide à l’installation de stations en 2023

L’Ademe et l’AAMF estiment que le développement de cette filière doit être accompagné par des aides financières à l’investissement pour les stations afin de réduire le coût de revient du bioGNC (version comprimée du bioGNV) et d’améliorer l’attractivité du prix de vente à la pompe. Le rapport recommande également des aides à l’investissement pour les véhicules GNC, ainsi qu’un soutien pour étudier le potentiel de consommation du bioGNC sur les stations en projet.

Concrètement, suite à la publication de ce rapport, un dispositif d’aides est déjà en cours d’élaboration pour accompagner financièrement l’installation de stations bioGNV non raccordées au réseau. « Cette aide à l’investissement expérimentale pourrait concerner une petite cinquantaine de stations en 2023 et 2024 », note Nicolas Tonnet.

Cinq cas de valorisation du BioGNC

Utilisé aussi bien pour les voitures que pour les bus ou les poids lourds, le biogaz naturel pour véhicule (bioGNV) est appelé bioGNC dans sa forme comprimée. Cinq cas de valorisation du bioGNC sont répertoriés selon le raccordement des unités.

Unités de méthanisation raccordées au réseau de gaz
– BioGNC injecté sur les réseaux de distribution et de transport de gaz, valorisé au sein de stations services raccordées au réseau via un mécanisme de garantie d’origine. Il ne s’agit donc pas de circuit court, ni de soutien à la production locale de biométhane.
– BioGNC injecté en circuit court : le bioGNC est injecté dans le réseau puis distribué à une station à proximité de l’unité de méthanisation (à l’échelle de la communauté de commune par exemple). Physiquement, le bioGNC consommé sur la station est en grande majorité le gaz produit sur l’unité de méthanisation. Economiquement, le gaz étant injecté sur le réseau, la consommation de bioGNC est valorisée par des garanties d’origine. Il est possible de mettre en place des accords commerciaux entre le producteur de biométhane et le fournisseur de gaz pour que les garanties d’origines valorisées soient celles de l’unité de méthanisation à proximité. Ce type de projet de distribution de bioGNC soutient alors la production locale de biométhane.
– BioGNC prélevé en sortie de méthaniseur et directement raccordé à une station à la ferme. Une partie du gaz produit est aussi consommée par la station et le reste est injecté dans le réseau. Dans ce cas, les clauses du contrat d’achat du gaz conclu avec le fournisseur de gaz n’autorisent que l’autoconsommation ; le gaz non injecté ne peut être vendu à des tiers.

Unités de méthanisation non raccordées au réseau de gaz
– BioGNC porté, donc transporté par camion vers un point d’injection du réseau. L’affectation  du BioGNC aux consommateurs se fait via les garanties d’origine.
– BioGNC produit et distribué sur place par une station raccordée au méthaniseur, et proposé à la vente.

La dynamique du biométhane

Début février, le transporteur de gaz GRTgaz a livré le bilan 2022 pour la consommation de gaz en France et fait le point sur l’avancée du biométhane. « Le biométhane confirme sa dynamique, avec 149 nouveaux sites de méthanisation en 2022 qui injectent dans les réseaux français, dont 17 raccordés sur le réseau de GRTgaz, détaille le deuxième transporteur européen de gaz dans un communiqué. Au total, 514 sites de méthanisation sont ainsi recensés en France. » La capacité annuelle de production atteint les 9 TWh, soit 2,5 TWh supplémentaires par rapport à 2021.

Les sites raccordés ont produit 7 TWh de gaz renouvelable en France, au-delà des objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixés à 6 TWh en 2023. Pour adapter son réseau, GRTgaz possède 12 installations de rebours en fonctionnement à fin 2022 (+ 7 rebours dans l’année), installations permettant de remonter les surplus locaux de biométhane vers le réseau national de transport de gaz. 44 postes supplémentaires sont en préparation. Si 2023 est aussi attendue comme une année dynamique, au-delà, la baisse des tarifs d’achat du biométhane fin 2020 a généré un « nombre de projets de méthaniseurs en chute libre », s’inquiète Thierry Trouvé, directeur général de GRTgaz.

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