Stratégie

Solaire thermique, avantage élevage

L’installation de capteurs solaires pour la production d’eau chaude peut être rentabilisée en moins de dix ans dans les filières de production de lait ainsi que de veaux de boucherie.

PAR PATRICK PIRO - OCTOBRE 2019
La préparation de la buvée des veaux nécessite une dizaine de litres d’eau chaude par tête et par jour ©La ferme du Gazenas

L’utilisation de la chaleur solaire en milieu agricole est assez mal connue en France, insuffisamment identifiée au sein des statistiques. Tout au plus dispose-t-on pour cette filière des données issues du fonds chaleur : entre 2009 et 2015, il a financé une centaine de projets dans le secteur agricole, pour une production énergétique annuelle de 3.400 tonnes équivalent pétrole (tep). Par extrapolation, on estime que les exploitations agricoles, toutes installations comprises, contribueraient à 3 % de la production nationale d’énergie solaire thermique, qui est principalement le fait d’installations particulières, totalisant 18 000 tep. Une filière sous-exploitée, considère le plan solaire du gouvernement. Rendu public en juillet 2018, il prévoit d’en intensifier la promotion en direction du milieu agricole.

Le secteur de l’élevage est le plus directement intéressé par le recours à l’eau chaude solaire sanitaire, plus particulièrement dans la filière laitière ainsi que la production de veaux de boucherie. Ainsi, quand la source de production d’eau chaude est électrique, le lavage des équipements est le deuxième poste de consommation d’énergie d’une salle de traite, après la réfrigération du tank à lait, une charge de l’ordre de 2 000 euros par an pour un élevage de 150 vaches, calcule le GIE Élevage de Bretagne. Ce poste est même le premier dans les élevages de veaux de boucherie, soit une charge d’exploitation dépassant 10 000 euros d’électricité pour un élevage de 400 places.

Vers une agriculture plus autonome en chaleur 

« Ces besoins en chaleur et les ressources (surface de toiture), de ces filières justifieraient un développement accru de cette énergie renouvelable dans ce secteur », souligne le rapport “Agriculture et énergies renouvelables : contributions et opportunités pour les exploitations agricoles”, réalisé pour l’Ademe et publié en février 2018, avec « l’intérêt principal de rendre l’agriculture plus autonome en chaleur et moins vulnérable aux fluctuations des prix de l’énergie fossile ». Entre autre avantages, la pose de capteurs solaires, pour une installation bien dimensionnée, est peu gourmande en place en regard des superficies de toitures disponibles sur les bâtiments et n’entre pas en concurrence avec l’usage des surfaces agricoles. En 2014, la surface moyenne de capteurs agricoles soutenus par l’Ademe atteignait 43 m², pour une production moyenne par projet d’environ 21 000 kWh par an.

Néanmoins, modère le rapport, les modèles d’affaires agricoles en solaire thermique présentent des rentabilités « relativement faibles ». Le solaire permet de couvrir entre 40 % à 80 % des besoins (selon que l’on se trouve au nord ou au sud de la France), il faut donc prévoir un système d’appoint. Des exemples montrent cependant qu’il est possible d’atteindre des taux de retour sur investissement inférieurs à dix ans. Notamment grâce aux subventions offertes par le fonds chaleur, qui peut couvrir jusqu’à 60 % de l’investissement, à condition que la surface de capteurs soit supérieure à 25 m², et que la pose soit effectuée sur un bâtiment existant. Selon la localisation de l’exploitation, les contrats de plan État-région (CPER) ainsi que le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) peuvent prévoir des soutiens spécifiques pour certaines filières d’énergie renouvelable. Autre disposition : la possibilité de pratiquer un amortissement dégressif de l’investissement, plus intéressant qu’avec les règles comptables classiques. Le rapport cité ci-dessus prend l’exemple d’une exploitation laitière d’Occitanie produisant 700 000 litres par an : le temps de retour sur investissement est de l’ordre de 12 ans, pour une installation qui durera 40 ans. C’est encore mieux, constate l’étude, dans le cas d’une fromagerie des Deux-Sèvres produisant 500 000 litres de lait par an : seulement 6 ans de temps de retour sur investissement.