Apprendre des autres

La chaleur fatale de Blue Paper chauffe des logements et des entreprises

Le papetier Blue Paper valorise la chaleur fatale décarbonée de sa chaudière biomasse en la revendant à R-PAS, le réseau de chaleur sur le Port autonome de Strasbourg.

PAR CAROLE RAP - NOVEMBRE 2025
L’investissement nécessaire pour équiper le site du papetier et construire les réseaux jusqu’aux consommateurs s’est élevé à 24 millions d’euros. ©R-CUA

Blue Paper fabrique des bobines de papier brun pour la production de carton ondulé, à partir de papier carton récupéré. Cette PME située sur le port du Rhin de Strasbourg a besoin de vapeur pour sécher le papier. Elle dispose pour cela d’une chaudière biomasse de 32 MW alimentée par des plaquettes forestières, qui fonctionne en cogénération : l’électricité est en partie autoconsommée sur le site industriel, le surplus étant réinjecté dans le réseau.

Récupérer la chaleur

La vapeur est utilisée par le papetier dans son procédé de fabrication. Mais les calories résiduelles présentes dans les fumées restaient conséquentes. Ainsi est née l’idée de mettre en place un système de récupération de chaleur fatale. En service depuis 2021, il est exploité par le réseau de chaleur du Port autonome de Strasbourg (R-PAS), filiale à 82 % de l’acteur de services énergétiques R-CUA (Réseaux de chaleur urbains d’Alsace), à 10 % des Ports autonomes de Strasbourg et à 8 % de la Caisse des dépôts et consignations.  

R-PAS rachète la chaleur décarbonée à Blue Paper pour la revendre à ses propres clients dans le cadre de contrats long terme (15 à 25, voire 30 ans). « La chaleur est récupérée à deux niveaux. D’abord à haute température, 100-105 °C, par contact des fumées avec des échangeurs. Ensuite à une température de l’ordre de 55 °C, à travers l’humidité présente dans les fumées, qui est condensée. La chaleur de l’eau ainsi récupérée est rehaussée jusqu’à 90-95 °C via une pompe à chaleur », explique Arnaud Boyer, directeur du développement de R-CUA.

Traquer les calories

Toutes ces calories servent à chauffer l’eau d’un réseau de chaleur urbain qui alimente plusieurs consommateurs à proximité. « R-PAS fournit le chauffage et l’eau chaude sanitaire de la clinique Rhéna et de l’écoquartier COOP, ce dernier ayant une consommation cible de 9 GWh pour environ 3 000 équivalents logements, mêlant tertiaire et résidentiel. Il alimente aussi les Malteries d’Alsace (groupe Soufflet), pour contribuer au séchage des céréales nécessaires à leur activité », décrit Arnaud Boyer. Chacun a conservé une chaudière gaz en secours, qui ne sert que rarement. R-PAS fournit également en partie le réseau de chaleur urbain de Strasbourg centre, contribuant à son processus de décarbonation.

Le papetier est pour l’instant le principal producteur de chaleur de R-PAS, avec un total de 80 GWh par an (lire encadré). Désormais, l’objectif est d’élever le potentiel de chaleur récupérée à 150 GWh par an, en captant des flux complémentaires à différents endroits du process industriel (humidité liée à la fabrication du papier, chaleur qui se dégage des moteurs servant à comprimer le biogaz produit par Blue Paper…) ; et en installant une seconde PAC pour élever des volumes complémentaires de chaleur condensée dans les fumées à une température jusqu’à 95 °C.

Investissements verts

L’investissement nécessaire pour équiper le site du papetier et construire les réseaux jusqu’en livraison des consommateurs (industriels, bâtiments tertiaires ou réseau de chauffage urbain) s’est élevé à 24 millions d’euros, dont 17 millions portés par R-PAS, 3 millions financés par Blue Paper et 4 millions apportés par l’Ademe dans le cadre du Fonds chaleur.

Bon élève de la transition énergétique, la PME strasbourgeoise a installé un méthaniseur il y a plus de 10 ans, puis un second en 2022. Ils fonctionnent avec les effluents générés par la fabrication de la pâte à papier. « Le biogaz que nous produisons est principalement valorisé dans un moteur en cogénération pour produire de l’électricité et de la chaleur. Le surplus est envoyé vers une chaudière, en remplacement du gaz naturel, aussi utilisée  pour sécher le papier », explique un responsable de l’entreprise ne souhaitant pas être cité. Blue Paper vire au vert.

Diversification des flux récupérés

Après Blue Paper (80 GWh par an), le second producteur de chaleur du réseau R-PAS est Trédi, un incinérateur de déchets dangereux, à hauteur de 50 GWh par an. Les prochains seront une station d’épuration (d’ici deux ans), puis d’autres industriels de la zone du Port de Strasbourg, avec lesquels des discussions sont en cours. Selon les configurations, la chaleur récupérée le sera soit à haute température, soit rehaussée via des PAC.

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