Apprendre des autres
Les bénéfices de la décarbonation
Dans le contexte actuel, chaotique à l’international et politiquement instable sur le plan national, les préoccupations environnementales passent au second plan. Ce qui est un mauvais calcul. Deux experts de l’Ademe exposent l’intérêt pour les entreprises de poursuivre l’effort de décarbonation : Camille Ehrismann, coordinatrice du programme Pacte Entreprises et Édouard Fourdrin, coordinateur du programme Pacte Industrie.

Pourquoi les entreprises doivent-elles continuer à investir dans la décarbonation et la transition énergétique malgré un contexte de recul des politiques climatiques ?
Édouard Fourdrin : De manière globale, décarboner son entreprise, c’est réduire les risques liés à son activité. Les entreprises industrielles qui diminuent leur consommation énergétique et décarbonent leur énergie s’affranchissent d’autant de la volatilité des prix des énergies fossiles. Les entreprises soumises aux marchés du carbone anticipent également l’évolution à la hausse du prix du carbone. Quant aux grandes entreprises toujours soumises aux obligations réglementaires de la CSRD [directive européenne qui fixe des reportings de durabilité, ndlr], elles ont besoin de décarboner leur chaîne de valeur. Les TPE, PME et ETI qui font partie de leurs fournisseurs, doivent donc aussi se décarboner. Autre argument en faveur de la décarbonation, cela permet de rassurer tous les acteurs du financement.
Quelles mesures les entreprises doivent-elles privilégier ?
Camille Ehrismann : Première étape, bénéficier de conseils d’experts gratuits. L’Ademe a mis en place le réseau de conseillers Pacte Entreprises principalement à destination des TPE et PME tertiaires et industrielles. Formés et outillés, les conseillers délivrent gratuitement des informations et accompagnements sur les actions d’économie d’énergie. Ils peuvent également venir faire un prédiagnostic énergie dans l’entreprise, en identifiant de premiers écogestes. Les sociétés peuvent aussi s’inspirer des fiches publiées par le site Baisse les Watts, qui répertorie des bonnes pratiques par filière en indiquant les économies réalisées. Deuxième étape : réaliser un plan de transition en s’appuyant sur les méthodologies de l’Ademe : diagnostics, état des lieux des consommations d’énergie, premier bilan gaz à effet de serre, définition d’un plan d’actions, construction d’une stratégie décarbonation ambitieuse et d’un modèle d’affaires décarboné, dans le cadre d’une vision à plus long terme, financement de la transition. Certaines études d’ingénierie peuvent être financées dans le cadre du programme CEE Pacte Entreprises. Troisième étape : internaliser les compétences avec des formations, par exemple via la méthodologie ACT Pas à Pas.
E. F. : Pour les entreprises industrielles, il existe des solutions plus spécifiques pour ces 2e et 3e étapes dans le cadre du programme Pacte Industrie, financé par les CEE, avec une prise en charge des études entre 60 % et 80 % et jusqu’à 80 % pour les formations. Il porte sur trois thématiques complémentaires pour ce secteur : le management de l’énergie, la stratégie de décarbonation et le financement de la transition. Enfin, il s’agit de passer à l’action. Pour le secteur industriel, l’Ademe propose des aides à l’investissement, avec les appels à projets Decarb Flash et Decarb Ind par exemple.
Quels bénéfices pour les entreprises qui maintiennent le cap de la transition énergétique ?
E. F. : Les bénéfices directs sont la réduction de la facture énergétique par la baisse des consommations énergétiques, ce qui permet de dégager des ressources financières pour investir. S’engager dans la transition bas carbone signifie aussi sécuriser des marchés existants, voire gagner de nouveaux marchés, compte tenu des stratégies d’achats privées ou publiques de plus en plus exigeantes au niveau environnemental et bas carbone. Autre bénéfice, l’amélioration de l’image de marque vis-à-vis des clients et des employés, qui se sentent plus investis.
C. E. : La qualité de vie au travail est améliorée. La rénovation du bâti, levier important pour dégager des ressources financières, apporte aussi un vrai impact sur le confort des salariés.
Quels risques si elles renoncent à leurs ambitions climatiques ?
E. F. : À l’inverse, les risques portent sur les prix de l’énergie, les prix du carbone, le manque de compétitivité, le manque d’attractivité. Le modèle d’affaires est aussi un point clé : une entreprise qui réfléchit à des modèles d’affaires de plus en plus décarbonés assure la pérennisation de ses activités. L’initiative ACT fournit notamment des outils pour revoir son modèle d’affaires afin d’être rentable dans une économie bas carbone.
Quels sont les objectifs des programmes que vous coordonnez ?
E. F. : Pour Pacte Industrie, qui a démarré en 2023, l’objectif est de former plus de 2 600 personnes d’ici fin 2028, et d’accompagner plus de 1 500 entreprises par la réalisation d’études. En moyenne, près de 40 % des objectifs de formations et d’études sont déjà engagés ou réalisés.
C. E. : Le programme Pacte Entreprises est en phase de démarrage. Il a un objectif de 40 000 entreprises mobilisées via un réseau de plus de 300 conseillers sur tout le territoire français ; et 10 000 diagnostics réalisés d’ici fin 2028 (méthodologie ACT, audits, aide à l’ingénierie sur la rénovation performante du bâtiment, ou diagnostics opérés par BPI France). Il s’agit d’accélérer les économies d’énergie, principalement des TPE-PME, que ce soit dans l’industrie et le tertiaire. Par exemple, le secteur du médicosocial, l’hôtellerie et la restauration…
E. F. : En plus de tous les avantages évoqués, les entreprises ont la chance de bénéficier de programmes de soutien pour leur décarbonation. C’est maintenant qu’elles peuvent s’engager pour en bénéficier.
Toutes les aides disponibles
Pour identifier les aides disponibles pour la transition écologique des entreprises : https://mission-transition-ecologique.beta.gouv.fr/


